Affichage des articles dont le libellé est Des profs témoignent à visage découvert. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Des profs témoignent à visage découvert. Afficher tous les articles

Reportages TV : appel à témoignages

Deux journalistes m’ont contactée. Ils sont à la recherche de témoignages d’enseignants (voir ci-dessous). Si vous souhaitez être mis en relation avec l'un d'entre eux, n’hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de cet article en précisant bien votre adresse mail (qui restera confidentielle).
 
1 - Professeurs victimes de cyberbullying (insultes sur le net de la part de leurs élèves)

Afin que le sujet soit le plus complet possible et que l’on comprenne la blessure que cela peut représenter, nous sommes à la recherche d’un professeur, insulté par ses élèves sur Facebook ou sur un blog (que l’affaire ait été ou non traduite en justice).

Nous pouvons garantir un anonymat total de la personne qui accepterait de témoigner : qu’on ne puisse pas la reconnaître à l’image, que l’établissement ou même la région dans laquelle se situe l’établissement ne soit pas cités.

Le reportage sera diffusé dans le cadre du journal de 20 h de TF1.

Axel Monnier
Rédaction de TF1
Service Société - Rubrique Education

2 - Projet documentaire de 120 minutes (2 heures) qui traitera, au travers de différents personnages et portraits, de ce qu'est le métier d'enseignant aujourd'hui.

L'écriture est purement documentaire et ne s'inscrit pas dans un ton d'information; nous serons dans des histoires humaines, des tranches de vie pour capter la réalité du terrain des enseignants.

Il s'agit de montrer que souvent les enseignants ont une vraie vocation mais qu'elle se heurte à de réelles barrières. La question que nous nous posons est "Prof à quel prix ? Prof à tout prix ? "

Quelques idées de profils que nous aimerions trouver pour ce film :
- Un vacataire / un TZR
- Une mutation loin de sa famille, difficile à vivre
- Un enseignant qui débute / un enseignant stagiaire
- Un (une) chef d'établissement
- Une nouvelle rentrée dans un établissement
- Un départ à la retraite obligatoire d'un prof qui voudrait continuer
- Un établissement difficile qui accepte de nous recevoir "en immersion"
- Un enseignant confronté à la violence dans son établissement

Nous ne tomberons pas dans le pathos, même si nous souhaitons soulever quelques problématiques et dysfonctionnements dans le système de l'éducation.

Nous resterons positifs avec des enseignants qui aiment leur métier et transmettent leur savoir en y croyant...

Florence d'ARTHUYS, réalisatrice
 

Une directrice d'école: «Des bagarres, des vols, des insultes»


INTERVIEW - Sophie Marhic est directrice d'une école élémentaire à la cité des Courtillières, à Pantin...

Vendredi dernier, les dix enseignants de l'école élémentaire Marcel Cachin de Pantin (Seine-Saint-Denis) ont fait valoir leur droit de retrait après qu'un élève de CM1 a pris un extincteur pour taper un camarade. Il a fallu trois adultes pour le maîtriser, certains ont reçu des coups et ont été mordus. Les cours ont repris normalement hier. 20 Minutes s'y est rendu pour rencontrer la directrice, Sophie Marhic.

Lire l'interview sur 20minutes.fr


TEMOIGNAGE : le syndrome du Titanic II

Brimé et harcelé par certains responsables malveillants du Rectorat de Strasbourg, dont on sait les récentes dérives inquisitoriales (convocation sans motif explicite à une sorte de procès stalinien, menaces disciplinaires, brèves suppléances diverses dans des classes « difficiles », visite de contrôle médical à domicile quatre jours ouvrés seulement après mon 1er arrêt maladie de l’année), mais aussi lâché par la pusillanime présidente régionale du syndicat auquel j’adhère, et ce depuis la publication dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, le 11 avril 2010, de ma lettre intitulée « L’image du lycée Jean-Monnet » (concernant le tir à blanc d’un élève sur son enseignante en plein cours), je souscris donc pleinement aux termes employés par Véronique Bouzou dans sa réaction de soutien : « Une missive qui signe la fin de l’omerta ? », sans partager, hélas, son généreux élan d’optimisme.

Me voici en effet devenu, malgré moi, la preuve vivante et souffrante qu’un individu peut certes atteindre le « mammouth » (ou le rhinocéros, si j’étais Bérenger), mais sans freiner sa course ravageuse, bien au contraire, tant qu’il n’aura pas « fait école ».

Fort néanmoins de l’appui encore officieux de divers acteurs intègres du système (un inspecteur, un proviseur, des parents et des collègues), j’appelle les internautes qui m’auront lu et se seront reconnus dans ma difficile prise de parole, voire dans mon combat, à les rejoindre par leurs messages d’encouragement et de soutien ou le récit des vexations dont ils ont eux-mêmes pu faire l’objet dans l’exercice de leur métier.

Mon adresse courriel leur est ouverte : maxime.stintzy@orange.fr

Je remercie déjà tous ceux qui sur la toile et ailleurs ont eu à cœur de faire écho à ma « missive » et je leur offre, en ma qualité de professeur de lettres toujours convaincu de sa haute mission (dénaturée par des instances qui se prétendent plus hautes encore), cette fable où je me plais à filer la métaphore, l’espérant lourde de sens.

LE SYNDROME DU TITANIC II

Un film catastrophe à moindre budget démonté par Maxime STINTZY

Au très clairvoyant Alain FINKIELKRAUT

Devenue un syndrome pour Nicolas Hulot l’an passé, cette sombre histoire avait trouvé son premier dénouement en pleine nuit, le 14 avril 1912.
Or une tardive loi d’orientation sans repères stables ne saurait pallier les insuffisances d’une navigation à vue, ni d’ailleurs la suffisance toute laïque des officiants supérieurs du mauvais bord, de ces maîtres à penser autoproclamés qui dans leur équipage désormais ne font pas de quartier, préférant encore aux ferments d’une juste mutinerie les barbares assauts des boucaniers.
Vue de mon petit hublot, celui du docteur embarqué (un docteur ès lettres, hélant le néant), depuis peu relégué à fond de cale, le Titanic, plutôt que le Mammouth, ce serait aujourd’hui l’Education Nationale, supposée voguer, dans son gigantisme fragile et pareillement condamné, à la pointe des sciences, des arts et du progrès…
Mais en fait de pointe, l’iceberg qui la fait s’abîmer, par aveuglement, excès de certitudes et manque de prévoyance, c’est, au fond, le bloc commun de l’ignorance et de la violence, dont seule la partie émergée affleure dans les médias et les rectorats.
Aux ponts inférieurs, bien « au centre » en effet, on trouve les élèves, qu’on laisse volontiers danser (sur les tables, faute de place effective) et s’amuser entre eux, mais auxquels on se garde bien de donner les clés de l’ascenseur social : c’est tellement plus cosy de palabrer entre soi… Pour préserver chez ces âmes à la mer la conscience nécessaire d’une illusoire flottaison, on les invite même à surfer avant que la toile virtuelle comme un filet dérivant sur leurs bancs en perdition ne se referme : c’est tellement plus jeune, plus festif, plus indolore aussi…Et tournée générale de Microsoft pour tout le monde ! En surpoids, la vue vacillante, les doigts gourds, le cerveau mal oxygéné, un passager de dernière classe coule beaucoup plus vite, sans faire de vagues…
Et puis il y a, trop loin au-dessus d’eux à présent, des professeurs, virtuoses ou non, qui jusqu’au naufrage ont le courage de jouer leur petite musique dans le tumulte ambiant et de ne pas s’arrêter pendant que le bateau par la proue s’enfonce, entre cris et débris, inexorablement.
Que penser alors du chef d’orchestre qui, muni pour unique instrument de sa dérisoire baguette (ce privilège dont il est maintenant le seul à pouvoir user), s’indignerait de quelques fausses notes ou d’une absence intermittente de mesure, quand tout bascule dans les ténèbres et que sa place lui a déjà été réservée sur le canot ?
S.O.S. donc, au sens le plus littéral, le plus national de ce signal qu’on ne veut plus entendre. Car ne faudrait-il pas, si l’on y consentait, d’urgence changer de cap ?

Pourtant, la préservation de la nature ne saurait s’accomplir à long terme sans celle de la culture. Du savoir autant que du savoir-faire. De nos racines autant que de leurs successives efflorescences. D’un être questionnant redevenu assez humble pour se dispenser de réponses toutes faites. Point d’écologie, ni de développement durable sans une école enfin digne à nouveau de son nom.

Une missive qui signe la fin de l'omerta ?

L'image du lycée Jean-Monnet
De Maxime Stintzy, professeur certifié, de Strasbourg

« Cessons enfin de nous voiler la face par simple souci de clientélisme ! Contrairement aux propos rassurants dans vos pages par son proviseur (comment ne le seraient-ils pas ?), le lycée Jean-Monnet s'avère hélas conforme à la déplorable image publique que vient d'en donner la récente agression encagoulée. Classé officiellement, il y a quelques temps, parmi les plus problématiques de France et fort défavorablement connu pour l'indigence de ses performances orales au baccalauréat, il regroupe bon nombre de classes "tenues" par des caïds issus des cités voisines et dont le seul but est d'empêcher les cours d'avoir lieu.

J'en parle en connaissance de cause puisqu'un remplacement trimestriel, que j'avais eu le malheur d'y effectuer, il y a plusieurs années déjà, avec une autre équipe de direction il est vrai, avait dû être écourté [...], malgré le soutien psychologique exemplaire de certains de mes collègues, dont je voudrais ici louer la ténacité et le courage. L'une d'elles, agrégée et alors proche de la retraite, m'avait ainsi confié ces paroles lucides et désabusées qui, je crois, résument la situation : "Vous n'avez commis ici qu'une seule erreur : celle de vouloir y faire travailler les élèves. Nous, nous y avons pour la plupart depuis longtemps renoncé". »

Précision : ce témoignage, publié dans le courrier des lecteurs des Dernières Nouvelles d'Alsace le 10 avril 2010, a été partiellement repris sur Novopress et La Tribune de Strasbourg dans un article intitulé Lycée Jean-Monnet de Strasbourg : là où les profs dérouillent vraiment. et qui fait référence à mon intervention du 27 mars dernier dans l’émission radio Répliques d’Alain Finkielkraut.

Pourquoi je ne serai pas prof


Par Mickael Fonton
Professeur de sciences physiques, depuis la rentrée 2009, Mickaël Fonton effectuait son année de stage dans l’académie de Créteil. Il a finalement choisi de démissionner. Il s’en explique.


Devenir prof ? Pourquoi pas ! Ce n’était pas un rêve de jeunesse mais, issu d’une famille d’enseignants, j’ai baigné très tôt dans l’atmosphère des salles de classe. En tant qu’élève, j’avais été marqué par des professeurs qui avaient su me communiquer leur amour d’une discipline et le goût d’en dévoiler les richesses.Ayant fait un peu de recherche à l’université, je considérais enfin le métier d’enseignant comme un tout,un univers intellectuel où, après avoir écouté, appris, réfléchi,on peut transmettre un savoir.

Il ne s’agissait pas vraiment d’une vocation mais, quand même, d’une envie sincère et profonde d’exercer ce métier.

J’ai très vite déchanté. Je ne nourrissais pourtant guère d’illusions sur la réalité de l’enseignement, mais je ne pouvais pas imaginer ce qui m’attendait. Très vite, j’ai perdu l’envie nécessaire à la poursuite de ce métier. Ou plutôt,on m’en a privé.Quitter la fonction publique en pleine crise de l’emploi peut sembler irréfléchi, mais je ne regrette pas ma décision.

Lire la suite ici

"Prof éphémère", ou la grande galère d'une remplaçante en banlieue

Pas simple de gérer sa classe lorsqu'on est une "prof de passage". Véronique Pot a 29 ans. Elle enseigne le français. C'est sa cinquième année de remplacement. Témoignage de sa dernière mission.
La suite sur Le Monde.fr

Un témoignage positif sur le métier d'enseignant



Difficile, le métier d’enseignant ? Pas pour tout le monde ! Après trois ans d'exercice dans le 95, Kathie Laroche est prof de SVT au collège Georges-Rouault, à Paris, et pour elle, enseigner demande bon sens, attention et patience. Bien sûr les difficultés existent mais les avantages de travailler dans l’enseignement aussi....

Source : L'Etudiant.fr





cliquez ici

Enseignant en colère

Je m’appelle Pascal Chaussy, j’ai 45 ans. Je suis enseignant en histoire-géographie depuis 1988 dans la Sarthe.

Depuis 2001, je suis en conflit avec mon administration suite à une affectation en collège situé en Z.E.P. Ce conflit dure depuis 8 ans. Il m’est difficile d’en faire une synthèse. Voilà cependant les principales étapes de l’affaire :

En 2001, après quelques années de T.Z.R., j’obtins un poste fixe en collège au Mans. Pour mon grand malheur, cet établissement se situait en Z.E.P. ! J’allais vivre deux années très difficiles où ma pratique pédagogique allait être mise à rude épreuve.

Bien vite, je reçus la visite d’un inspecteur qui paternellement me conseilla de passer un bilan de compétences et de réfléchir à une réorientation.

Une autre solution était envisageable : suivre un stage pour « personnel en difficultés » et ensuite reprendre mon métier dans un établissement correspondant plus à mes capacités et à mon caractère.

Ce stage était chapeauté par la D.R.H. de Nantes.Il comprenait une analyse de pratiques le lundi à l’I.U.F.M et le reste de la semaine, nous devions trouver des lieux d’accueil qui seraient capables de répondre à nos attentes et de nous faire réfléchir et évoluer dans notre métier.

En février 2002, j’arrivais dans mon nouvel établissement. Je fus épaulé par un accompagnateur reconnu pour ses qualités humaines et par le collègue qui avait occupé mon poste depuis la rentrée de septembre.

En septembre 2002, j’étais à plein temps dans cet établissement, c’était mon deuxième poste fixe.

Je m’investissais rapidement dans la vie du collège et siégeais pour la première fois au conseil d’administration. Les nuages s’éloignaient, quand, d’un coup, l’orage éclata.

Des incidents mineurs furent d’abord relatés au principal, qui, connaissant mon dossier, avait vu d’un mauvais œil mon affectation à titre définitif dans son établissement. Ensuite, la machine administrative se mit en marche.

Une inspection diligentée par mon « cher principal » m’enjoignait d’aller rencontrer la D.R.H. de Nantes.
L’inspecteur m’était connu : il m’avait rencontré à cinq reprises depuis ma titularisation en 1995. J’étais le sujet de son étude !
Mon cas devenait grave.

Je fus reçu par le D.R.H. et la personne qui avait chapeauté le dispositif de congé l’année précédente. Mon principal fut convoqué également.
Le rendez-vous fut bref.

J’étais suspendu de mes fonctions à partir de la rentrée de janvier 2003. Je devais également écrire au recteur pour « libérer » le poste que j’occupais et être ainsi remplacé.

La procédure s’enclencha, une expertise médicale reconnut mon aptitude à enseigner.
Le recteur, à la lecture des différents rapports, se voyait dans l’obligation de saisir le Ministère pour engager une procédure de licenciement pour « insuffisance professionnelle ».

Je m’arrête là pour remercier Madame Bouzou, qui gentiment héberge mon témoignage sur son blog.
Si vous êtes intéressé pour la suite de mes aventures, je vous donne les coordonnées de mon blog.

Bon courage à tous

http://pascal-enseignantencolre.blogspot.com

Comment prévenir la violence


Madame,

Je termine la lecture de votre ouvrage, Ces profs qu’on assassine.
Catholique convaincu, j’ai livré les témoignages suivants [voir la suite].
Je vous rejoins tout à fait : la hiérarchie de l’enseignement dit catholique est « poncepilatienne ».
De même d’ailleurs que mon syndicat, le SNEC-CFTC, où j’ai milité 40 ans.
Heureusement, il y a eu ma Foi, les collègues et les amis.
J’espère que votre livre éveillera enfin la conscience des responsables…
Je vous remercie d’avoir osé ce cri et je vous assure de toute mon estime.

Jean-Paul Verrier


1- Congrès du Snec-CFTC Nord, le 26 avril 2008 à Lille

COMMENT PREVENIR LA VIOLENCE

I - Les faits

Le 5 juin 2008, désespéré par le comportement odieux de deux classes, je décide de mettre fin à mes jours. Heureusement, la Providence veille et je suis admirablement soigné aux urgences de l’hôpital Saint Philibert à Lille.

II – Les causes

Moi, connu pour être un « battant », comment ai-je pu être « burn-out » ? Les élèves chahuteurs se sont crus tout permis : aucun conseil de discipline pour sanctionner les meneurs ! (et, après mon suicide, personne ne songera à faire prendre conscience aux élèves de leur responsabilité). Et puis certains parents soutiennent leur petit enfant-tyran (et inversent les rôles).

III – Les soutiens et l’indifférence

Si j’étais mort, sans doute la seule compassion de la hiérarchie aurait été de parler de suicide « pour raisons personnelles ». Alors qu’en réalité, il s’agit bien de raisons professionnelles. Si j’avais été soutenu en temps voulu, cela ne serait jamais arrivé.

Je salue par contre quelques collègues qui m’ont aidé discrètement avant que je ne craque.
A mon retour de l’hôpital, je reçois de nombreux témoignages de soutien et d’affection : collègues, membres de mon équipe paroissiale, amis, famille, le Snec-CFTC.

Cela compense un peu la non-intervention, la non-prévention et l’indifférence d’une partie de la hiérarchie au comportement que j’appelle « poncepilatien ».

IV – Conséquences

Quant à moi, défenseur acharné de la liberté scolaire au début des années Mitterrand, je tombe de haut, et j’en tire la conclusion que l’enseignement catholique n’existe plus. Je sors profondément amer, déçu. Qui ne le serait ?

V – Pour en finir avec la violence dans les établissements scolaires

Il y a différentes actions :
- Attribuer les moyens financiers pour avoir davantage de surveillants et généraliser la vidéosurveillance.
- Faire signer aux chefs d’établissement un contrat où ils s’engagent à soutenir activement les personnels soumis en permanence à des agressions verbales insupportables.
- Demander à ce que les responsables (aussi bien de l’éducation publique que de l’éducation privée) ne cherchent pas systématiquement à étouffer les cas d’agressions physiques ou verbales.
- Générer mises en garde et débats avec les élèves ainsi qu’avec les parents.
- Eviter que les chefs d’établissement ne deviennent des rois absolus en limitant leur durée dans le temps : un maximum de 9 ans par exemple.

VI – Conclusion : phénomène de société

Le suicide, dans les entreprises comme dans l’éducation, est encore trop souvent un sujet tabou, gênant.
Beaucoup de responsables ne savent pas comment réagir de façon tout simplement humaine !
En réalité, toute la société est concernée, parce que empoisonnée par l’idéologie de l’enfant-tyran d’une part, et par le laxisme des adultes d’autre part (laxus en latin signifie lâche !).

Il y a donc tout un travail d’information ( le Snec-CFDT a-t-il fait remonter ma mésaventure aux différentes instances de l’Education ? )

Et puis surtout il y a, à l’amont, tout un travail de prévention, de sensibilisation, d’éducation, pour rétablir les vérités et le simple bon sens quant à l’autorité et à la discipline.

Car partout des hommes politiques, des télévisions, des publicités, des messages internet.. poussent impunément à l’assassinat des valeurs morales. D’où, pour bien des jeunes aujourd’hui, la norme comportementale, c’est la moquerie, l’agressivité tous azimuts, le vandalisme.

Tout cela a forcément des répercussions sur les enseignants et les éducateurs. Et les enseignants, même les plus solides, finissent par « craquer ». C’est notre vie qui est en jeu, pas celle des élèves. Alors discuter, dialoguer avec les élèves, oui, mais cela ne veut pas dire laisser tout faire.

Disons le avec force. Même s’il n’est pas général à 100%, il y a quand même un profond malaise dans toute notre société. Il est temps, grand temps, d’en prendre conscience, et de prendre d’urgence les mesures de sauvegarde.

Jean-Paul Verrier pour le Congrès, SNEC-CFTC Nord du 26 avril 2008


2 – « Ô tempora, ô mores » (« Ô temps, ô mœurs »)


Traversons-nous une crise de civilisation ? Oui si j’en juge par mon expérience personnelle.
L’année 2006-2007 vit l’enseignant enthousiaste et passionné que j’étais depuis 35 ans sombrer dans un désespoir total.

Les causes sont tragiquement simples : les élèves sont de plus en plus insolents ! A la moindre remontrance, ils vous répondent d’un ton cinglant : « J’ai rien dit », « J’ai rien fait ». Et ceci est pour eux tout à fait naturel, répondant de la même façon à leurs parents.
Quand un enseignant se heurte à des « incivilités » (et le mot est bien pudique pour cacher la virulence de toute cette agressivité), et qu’il ne peut compter ni sur l’appui des parents, permissifs à outrance, ni sur le soutien du chef d’établissement, (ô hiérarchie « poncepilatienne » !), il ne peut que « craquer ».

Les pédagogues champions de l’angélisme et des théories mortifères de l’enfant-roi ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre – ce cri de désespoir.
On parle, sans rire, des « risques du métier », on dit d’un ton faussement compatissant à un professeur : « Mais vous êtes trop consciencieux » (sous entendu : trop exigeant, donc provocant).

Si j’étais mort, sans doute serais-je passé pour un « dommage collatéral », victime d’un suicide « pour raisons personnelles » (ce qui n’est pas mon cas, c’est bien les défaillances du système d’éducation qui m’ont mis « burn-out »).

Si la vie d’un être humain n’était pas en jeu, il y aurait de quoi rire, mais… jaune ! Belle irresponsabilité des « responsables » qui jouent à l’autruche et qui veulent - surtout, surtout chut – ne pas faire de vagues.

A combien de pertes humaines a droit chaque rectorat ? Va-t-on laisser cette situation s’aggraver ? Combien de mots et de détresses humains faudra-t-il pour que la hiérarchie réagisse enfin et prenne les mesures pour sauvegarder les enseignants en danger ?

Un enseignant qui a eu de la « chance » ( ? ?) de survivre, et qui parle pour ceux qui n’en peuvent plus. Et… tant pis si cela dérange !

Jean-Paul Verrier

Un article de presse fait scandale

Chère Collègue,

Puisqu'il s'agit d'une tradition dans notre profession, et cette tradition me convenant tout à fait, tu voudras bien pardonner cette manière qu'on pourrait qualifier de cavalière qui consiste à employer le tutoiement d'office.. .Je ressens également une forme d'affinités électives avec toi en ce moment, pour des raisons que ce texte te fera toucher du doigt.
J'ai suivi avec bonheur et une certaine forme de jubilation ou de soulagement l'interview que tu as donnée à BfmTV lundi 13 Avril dernier. Je l'ai réécoutée avec une attention redoublée plusieurs fois sur internet.

Depuis bientôt dix ans, je suis prof de musique sur deux collèges classés ZEP, à Châlons en Champagne et dans sa (petite) banlieue, désormais REP, et je suis en ce moment en arrêt maladie pour dépression pour une période que j'espère longue, à la suite d'un enchaînement de faits dont voici le détail.

Je ne te fais pas de dessin sur les tensions qu'engendre notre engagement professionnel, qui confine chez moi à la mission, au sacerdoce laïque : je suis intimement persuadé d'enseigner la matière la plus importante du monde, qui peut précisément le changer, ce monde. J'ai d'ailleurs écrit à ce sujet un ouvrage que seuls mes proches ont lu.
Dans les couloirs du collège, tu louvoies entre les élèves, il est évident dans leur esprit que c'est toi qui dois te pousser pour les laisser passer, faute de quoi tu les heurtes, ce qui peut amener ces fameuses « incivilités » (Ah.. .Le charme discret de l'euphémisme...), qui aboutissent à leur tour à des dérapages potentiels rapides plus ou moins graves, sous forme d'agressions verbales ou limite physiques, ou au moins à des regards noirs appuyés, du genre « Qu'ess t'as toi t'as un problème ?... »

Au cours du premier trimestre, au mois d'octobre, dans l'un des deux collèges où je suis en poste, et dont je dépends administrativement, l'une de nos collègues, professeur d'anglais, se fait agresser physiquement par un élève dans le couloir avant l'entrée en classe, en présence du C.P .E. , qui n'intervient pas, ou disons, plus que mollement.
La chape de plomb est telle dans ce collège, que nous ne serons mis au courant qu'une semaine après, et par la bande, en quelque sorte, c'est-à-dire sans « annonce officielle » de la part du chef d'établissement. Pas de vagues, pas de vagues...
Nous, ses collègues, ne faisons rien. Pas de refus symbolique de prendre une classe ne serait-ce que pendant une heure, pas de communication ni aux parents, ni à la presse. Il est bien évident que les choses se savent, mais clandestinement pour ainsi dire. Tant que le scandale n'est pas public, ma foi, dormons tranquilles...
L'élève en question passe en conseil de discipline, puis est exclu définitivement.
Moi-même, je suis amené à déposer deux mains courantes contre des élèves, l'une pour menaces, l'autre pour insultes. Lors de la rencontre entre le père, l'élève qui m'a menacé, le principal et moi , un assistant d'éducation et le principal sont contraints de s'interposer entre eux et moi avant que nous n'en venions aux mains, ou du moins que je me fasse agresser physiquement par le père...

On remarquera au passage que lorsque nous, enseignants, sommes mis en cause, pour, comme tu le dis toi-même, par exemple un « regard de dix secondes », on nous convoque au commissariat, la garde à vue ou le tribunal n'est pas loin, ce qui revient à dire que pour nous, c'est une plainte directe, pour les élèves une simple main courante.
Comme tous les profs, je suis amené, pour rétablir un semblant de calme dans la classe, à élever la voix en de multiples circonstances au cours d'une heure. J'ai décidé d'arrêter cette pratique, ne serait-ce que pour préserver ma voix et mes nerfs, et, étant doté de sens de l'humour et de la répartie, je préfère une remarque acerbe à un hurlement. Que ne fais-je pas là, on le verra par la suite...

Nous parvenons, le 6 décembre dernier, soit deux mois (!!!) après l'agression physique de notre collègue, à organiser une réunion syndicale de façon à rédiger un cahier de doléances face aux différentes dérives constatées. Nous établissons une longue liste de mesures à appliquer d'urgence, dont aucune ou presque, comme c'était prévisible, ne sera retenue. La seule consistera à noter sur le billet d'appel que tel élève ne possède pas son carnet de liaison...
Il va sans dire que nous sommes tous soit dans la difficulté, soit dans la souffrance, et que nous remplissons tous quotidiennement des rapports d'incidents pieusement déposés à la vie scolaire, rapports suivis d'aucun effet. Quelques dizaines d'élèves en possèdent une belle collection. Naturellement, aucune sanction, ou presque...

Par exemple, à l'entrée en cours avec une classe de 6ème, j'ai été amené à séparer physiquement deux élèves qui se tapaient sur la figure à coups de poing, pas à coups de gifles, à coups de poing fermé, comme des boxeurs. Leur seule sanction, décidée par la principale-adjointe, a été de passer une heure de retenue assis l'un à côté de l'autre pour se réconcilier.
Lors de cette réunion, donc, est présent un assistant d'éducation, qui se trouve également être pigiste au journal local, l'Union.
Nous sommes en train de la clôturer, lorsque j'évoque la possibilité d'une action même symbolique concernant l'agression de notre collègue. Je me fais violemment prendre à partie par une autre collègue, qui, très proche de cette prof d'anglais, qu'elle a au téléphone quotidiennement, m'indique « qu'elle refuse qu'on fasse quoi que ce soit en son nom... ». De toute façon, deux mois après, il est un peu tard.
Ulcéré par cette lâcheté, je dis à cet assistant d'éducation, que s'il désire faire un article à ce sujet, je suis volontaire pour y participer.

Je suis convoqué quelque temps plus tard par mon chef d'établissement au sujet de plaintes de certains parents à mon sujet. Je les insulterais, et tiendrais des propos à sous-entendus racistes. Je t'en explique la teneur brièvement.
Je les aurais traité de « Bouboule » (?) , de « Gros blaireau », et surtout, à plusieurs reprises, j'ai employé des formules envers certains élèves, dont particulièrement l'une d'entre elles, qui est la suivante, alors que ledit élève de 6C11e est en train de faire le petit caïd de banlieue, debout devant sa table, avec toute la gestuelle de gansta rap que tu connais bien: « T'arrête de rouler ta caisse, t'es épais comme une biscotte mal cuite ! ... ».
En y réfléchissant, j'ai repris une à une chacune de ces expressions. Bouboule, évidemment, je ne l'ai jamais dit, j'essaie généralement de faire preuve de plus d'esprit dans mon discours, mais quelle heureuse proximité avec le mot bougnoule, dis donc... Concernant Gros blaireau j'ai effectivement envoyé un élève au tableau pour l'écrire. Une fois cela fait, j'ai bien posé la question à la classe : « S'agit-il d'une insulte ?...Évidemment, non... ». Il se trouve qu'à ce moment du trimestre, nous étions en train d'étudier Maurice Ravel, et que, humour oblige, je me suis cru autorisé à utiliser ce calembour, qui n'est d'ailleurs pas de moi mais du directeur du conservatoire, le gros blaireau de Ravel...
Quant à la dernière remarque, que j'emploie régulièrement, quelle que soit la couleur de la peau, qu'en retient un élève arabe, lorsqu'il est décidé à trouver le pire du n'importe quoi dans le domaine de la mauvaise foi pour nuire à un enseignant ? Pas le mot « épais », évidemment, mais le « mal cuite », donc sous-entendu raciste... Il se trouve que l'élève de 6éme à qui je l'ai adressée, est le frère de celui contre lequel j'ai déposé plainte pour menaces.. Belle coïncidence...
Lors de cet entretien, mon chef d'établissement me dit qu' « aujourd'hui, on ne peut plus dire des choses comme ça... ». La prochaine fois, j'interrogerai donc le Commissaire du Peuple des Elèves et de Leurs Parents sur ce que j'ai le droit de dire ou pas...

Je commence, un peu avant les vacances de février, à recevoir chez moi des coups de fil anonymes, se traduisant au mieux par un silence complet, au pire par un chapelet d'insultes dont je te laisse deviner la teneur. J'ai toujours refusé de me mettre sur liste rouge, considérant cette pratique comme une forme de défaite.
Je n'en fais part à personne au collège, puisque, après tout, je l'ai bien cherché...
Arrivent les rencontres parents profs du deuxième trimestre. Je pose la question à chacun des parents passant me voir, sur l'identité de ceux qui se plaignent de moi, et je finis par tomber, par hasard, sur deux de ceux qui sont à l'origine des plaintes. Par parenthèses, il s'agit de représentants de parents F.C.P.E. Charmant...
Evidemment, ça ne se passe pas vraiment bien. Une mère d'élève m'affirme, avec le grand sourire qu'on adresse aux gens un peu déséquilibrés mentaux: « Mais, Monsieur Genestin si vous voulez du respect de la part de vos élèves, il faut en avoir pour eux... » On croit rêver..
Le même jour, j'avais trouvé dans mon casier, un document m'avertissant de la prochaine visite de l'inspectrice, pour le mercredi 18 Février. Le midi, le chef d'établissement vient à la cantine.. « Vous avez vu monsieur Genestin le document que je vous ai mis dans votre casier..? » Je lui rétorque: « J'ai du mal à croire à une coïncidence entre les problèmes que je peux rencontrer avec une ultra minorité de parents et cette visite !... Vous cherchez quoi, que mon collègue et moi démissionnions ?...» Il sort de la cantine, prend la fuite plutôt, en criant: « J'ai envie de manger tranquille !.. ».A mon avis, lapsus intéressant, pas que manger...

Dans ce collège, nous sommes deux profs de musique. Mon collègue est une crème d'homme, très croyant, manifeste une forme de foi qui me plaît bien, il est diacre, incapable de la moindre méchanceté, et que je considère, c'est réciproque, comme un ami. Comme le dit Jacques Brel, si « nous ne sommes pas du même bord, nous cherchons le même port ». Je savais que depuis plusieurs mois, si ce n'est plusieurs années, il supportait de moins en moins bien les élèves, et évoquait sa démission. J'en étais moi-même, et j'y suis toujours, à son bord.. .Mais pour faire quoi ? Qui veut d'un musicien de 53 ans ?...
Simultanément, un projet de classe à horaires aménagés, concernant les élèves instrumentistes du centre ville, était en cours de montage dans le collège. Ce projet, conçu sur le principe de la mixité sociale, correspond tout à fait à mes options philosophiques et professionnelles personnelles. Mon collègue était chargé de la coordination et de la responsabilité de cette classe, puisqu'il est agrégé, et pas moi...
Ce jour était un jeudi, le 12 Février. Ce même jour donc, j'apprends mon inspection et le soir ce sont ces rencontres parents-profs qui se sont déroulées comme on sait. Les vacances allaient arriver. On peut imaginer mon état psychologique, après plusieurs mois d'affrontements, en gros, avec tout le monde, ces rencontres et cette annonce d'inspection, lorsque je suis rentré chez moi ce jeudi-là....
Au bout du bout du bout, je décide donc, à l'initiative de mon épouse, de consulter. Mon médecin me donne antidépresseurs, anxiolytiques et somnifères.. La totale...

Mon inspection se déroule très bien: je suis bourré de chimie... Pendant l'entretien, long (deux heures) et très cordial, l'inspectrice ne me fait aucun reproche particulier sur le fond de mon cours me disant que « j'étais dans les clous » et que « j'avais bien respecté les recommandations de sa précédente visite » que j'avais pratiqué, selon les indications des nouvelles instructions datant du mois précédent, « l'écouter-produire ». Bien...
Cependant, elle m'annonce elle-même que les plaintes me concernant avaient fait l'objet d'un courrier à l'Inspection d'Académie, sans m'en faire reproche d'ailleurs. Mon chef d'établissement pouvait difficilement ne pas être au courant, s'il n'a pas plus ou moins suggéré ou soutenu lui-même l'envoi de cette missive... II a donc volontairement, dans un esprit de sanction supplémentaire, la première étant l'inspection elle-même, laissé l'inspectrice me l'annoncer. Impossible de prouver quoi que ce soit, bien sûr, et je ne peux que me perdre en conjectures ou hypothèses certes plausibles mais incertaines à ce sujet.

Lundi matin 9 Mars, retour de ces vacances. Nos apprenons, dans les mêmes conditions que pour l'agression de notre collègue, c'est-à-dire par hasard (Pas de vagues, pas de vagues...), qu'un de nos élèves, certes en dehors du collège, certes pendant les vacances, s'était fait agresser au poing américain, par deux autres élèves du collège. Mais c'est quelque chose qui pourrait très bien se produire dans le collège, et visant n'importe qui, adultes ou élèves...

Mardi 17 Mars, je reçois un coup de fil d'une journaliste de l'Union, qui me demande s'il est possible que « dans le cadre d'un article de fond sur les problèmes actuels de violence dans les établissements scolaires » nous nous rencontrions le jour même, car, et je comprendrai une semaine après les raisons de cette urgence, « l'article devait paraître assez rapidement », à savoir le jeudi suivant 19 Mars.
Nous nous rencontrons donc le même jour, et lui demande pourquoi elle avait pensé à moi spécialement pour cet article. Elle me répond qu'elle a « des contacts » à l'intérieur de l'établissement. Je sais parfaitement, ce n'est pas bien compliqué, de qui il s'agit...
Je tiens des propos exactement similaires aux tiens sur BfmTV, dans le fond et dans la forme, ce qui n'a pas manqué de me troubler d'ailleurs.
Elle me demande si elle peut citer mon nom, ce que je lui accorde volontiers, n'ayant pas l'habitude de témoigner anonymement.
Cette journaliste m'apprend qu'elle avait été contactée par la mère de l'élève agressé, me montre les photos couleur de cet élève prises par la grand-mère juste après l'agression, on s'en doute, une vraie boucherie, et m'assure que son article paraîtra, c'est pour moi implicite, dans les pages intérieures, et, comme elle s'y engage, uniquement dans l'édition régionale du journal, qui doit en comporter quatre ou cinq, ou plus, je ne sais pas, du nord au sud de la région, des limites de la France avec la Belgique jusqu'à celles du département de la Marne avec l'Aube. Ca fait du monde...
Le jeudi 19 mars je suis en grève, le 20 je ne suis pas au collège, et je n'achète jamais ce journal.

J'arrive donc le lundi matin 23 mars, et constate que tout le monde me dit plus ou moins bonjour en faisant la gueule. Je me doutais bien que cet article ferait des vagues, mais à ce point... Dans la salle des profs, où règne contrairement à l'ambiance habituelle de ruche, un silence à ne pas troubler le sommeil d'une mouche, je m'approche de la principale-adjointe à qui je dis bonjour en lui tendant la main, qui m'octroie en me fusillant du regard un cinglant : « Bonjour Monsieur Genestin! ». Elle refuse de me la serrer.
Je regarde dans mon casier, et trouve une photocopie de la une du journal barrée d'un gros titre « Situation explosive au Collège Louis Grignon » ou quelque chose d'approchant, illustrée de la photo heureusement en noir et blanc des résultats de l'agression du gamin, photocopie naturellement très généreusement distribuée dans chaque casier de prof.... En page intérieure, un nouveau titre avec le complément: « Michel Genestin dénonce », le tout dans chacune des différentes éditions régionales.
Mes propos sont retranscrits fidèlement, là-dessus rien à dire. Mais l'amalgame du gros titre et de la photo, sensationnaliste et vomitoire à souhait, et de mon nom et du verbe me fait prendre conscience de l'étendue des dégâts. Le principal m'attend dans la cour et devant les élèves me fait un geste et des commentaires de mépris, alors qu'il est au moins aussi responsable que moi de ce gâchis.

Mon voisin, abonné à ce journal, me signalera que le gros titre est cité dans la revue de presse d'Europe 1....

Ce matin-là, je devais avoir trois heures de cours et une heure de répétition le midi. Je n'en assure qu'une dans une sorte de brouillard cotonneux, puis passe au secrétariat annoncer que je me mettais en arrêt, et ce pour longtemps.
Mon médecin me prolonge actuellement cet arrêt de quinze jours en quinze jours, jusqu'à la fin de l'année scolaire. J'ai pris un rendez-vous avec un psy. Il m'est pour l'instant impossible de remettre les pieds dans une salle de classe.

Il y a une chose qui me hante et que je ne me pardonne pas, une chose que je savais parfaitement avant de donner cette interview, c'est ce qui me tue le plus, mais je n'ai à aucun moment fait la relation entre les faits, mes propos et une exploitation possible dans une optique sensationnaliste, aveuglé par ?...mon malaise, ma colère, les deux ?... : le rédacteur en chef de ce torchon est l'ancien rédacteur en chef de Minute...lm-par-don-nable...
Le mardi 24, j'adresse un mail à mon inspectrice, qui me répond, on s'en doute, en des termes peu cordiaux. J'adresse également, nommément et en recommandé avec accusé de réception un courrier rectificatif à ce rédacteur en chef, en conformité avec l'article 13 alinéa 1 de la loi de 1881, dans lequel je remets les choses à leur place en assumant mes responsabilités, involontaires certes, et présente mes excuses publiques aux collègues et à la direction. Le courrier m'est revenu hier 15 avril : personne n'est venu le chercher...
Je rédige dans le même temps un courrier explicatif à mes collègues, que je demande à mon collègue et ami d'afficher en salle des profs. L'une de ces collègues me téléphonera pour m'assurer du soutien et de la compréhension de la plupart d'entre eux. Merci, Manu...
Ce collègue et ami m'avait appelé au téléphone le lundi 23 mars dans l'après-midi, et délivré le fin mot de l'histoire. La veille de parution de ce gros titre, donc le mercredi 18 Mars, le journal avait publié un article paraît-il flatteur sur la classe à horaires aménagés.
Une arrière-pensée politique animait donc ce rédacteur en chef, tendant à dissuader les parents de ces élèves « particuliers », généralement du centre ville, d'inscrire leurs enfants dans notre collège de Z.E.P., déjà réputé en ville comme étant le Bronx. J'avais donc été manipulé de A à Z, ne voyant que ma colère et ma révolte, ma sincérité, devant l'ignominie et la lâcheté, l'absence totale de soutien, si ce n'est la volonté de m'entasser volontairement. Engagements non respectés quant aux conditions de parution, gros titre putassier et article détruisant dans ses moindres fondements la volonté de mixité sociale, destruction de la volonté et de l'implication de notre inspectrice dans la création de cette classe, par ma faute et mon aveuglement, d'autant plus impardonnable chez un garçon de mon âge...

J'ai reçu la semaine dernière mon rapport d'inspection, dans lequel l'inspectrice écrit exactement tout l'inverse de ce qu'elle m'avait affirmé oralement: je suis descendu en flammes et en règle.. Je me mets à sa place. Elle-même a dû être convoquée chez le Recteur, si ce n'est directement au Ministère, et se faire sérieusement admonester, se faire remonter les bretelles comme on dit habituellement. Elle m'a donc répercuté cette engueulade, quitte à se renier, trouvant le moindre prétexte pour ne pas m'augmenter, si ce n'est pour baisser ma note, ce qui est le cadet de mes soucis. Je ne suis pas attaquable sous un autre angle, puisque j'ai respecté mon obligation de réserve dans cet article. Je n'ai insulté personne, rien remis en cause de manière agressive. Les mêmes propos que les tiens te dis-je...
Ce rapport me reste cependant en travers de la gorge .Dans l'autre collège où je suis en complément de service, tout se passe très bien avec les élèves, la direction, j'ai multiplié le nombre de participants à la chorale par cinq d'une année sur l'autre, à tel point que le chef de cet établissement me réclame pour plus d'heures l'an prochain, et qu'il m'a affirmé que « je détenais les bonnes clés dans mes relations avec les élèves », contrairement à ce qu'affirme l'inspectrice qui me trouve, elle, en situation de « décrochage ». Mais il est vrai qu'elle n'a pas pris la peine, elle, de décrocher son téléphone pour le contacter, lui...

Mon collègue et ami a pris sa décision : il a pris un an de disponibilité avant sa démission définitive dans un an. Il franchit le pas et devient prêtre.

Voilà. Tu voudras bien excuser la longueur de ce texte, et peut-être une certaine sinuosité dans l'enchaînement des événements et des dates, texte que, j'espère, tu auras eu la patience de lire jusqu'au bout.
Je t'ai entendu dire dans ton interview que tu te faisais la porte-parole des enseignants en souffrance, et nous sommes nombreux. Une question m'assaille. Quelle est la réaction de tes collègues, de ta hiérarchie administrative ou de discipline devant tes prises de position publiques, qui, je te le répète, sont exactement les mêmes que les miennes, mais dans un contexte radicalement différent ?
Tu as également affirmé, et j'en suis d'accord, qu'il faudrait faire quelque chose. J'en suis arrivé à l'idée de la création d'une espèce de collectif de défense des enseignants : seule la solidarité nous sauvera. Mais comment faire ? Et, pour le coup, cette fois, les ennuis sont à prévoir...
Nous ne sommes pas face aux élèves pour subir leurs foucades et autres caprices, nous n'avons pas à subir les catastrophiques résultats de l'idéologie de l'enfant-roi, nous ne sommes pas là pour risquer à chaque seconde l'agression verbale et/ou physique.

Nous sommes là pour, au mieux, transmettre une passion, une culture et une sensibilité dans ce monde de brutes, impliquant l'entièreté du corps et de l'esprit, au-delà ou en-dehors parfois de toutes les instructions officielles, au pire, appliquer des techniques plus ou moins bien maîtrisées acquises à l'I.U.F.M., de manière impersonnelle et déconnectée, en quelque sorte. Tu te doutes que ma position personnelle serait plutôt la première...
Lorsque le cours a été formidable, que j'ai obtenu, dans une complicité et une forme de fusion avec les élèves, exactement toutes les nuances que je désirais dans un chant, parvenant à un résultat qui me fait lever tous les poils du corps d'émotion, alors, c'est le bonheur, je lévite à trois pieds du sol, et je le dis aux élèves, et j'emploie alors ce mot bonheur devant eux, et je les en remercie.
Tu as mon adresse et mon numéro de téléphone, tu peux me contacter si tu le désires ou en ressens l'utilité. Il est temps que nous fassions bloc face à cette folie, qui consiste à tenter de nous détruire, par la remise en cause perpétuelle de notre fonction dans tous ses aspects au nom du ravageur politiquement correct. Il est vrai que nous ne sommes que des fonctionnaires ne « travaillant» que quinze à dix-huit heures par semaine, en vacances ou en arrêt de travail à perpétuité...
Trouve ici l'expression de mes salutations amicales et confraternelles.. .Et courage !....

Michel GENESTIN

Mes livres

Les hussards noirs de la robotique

Génération Treillis

Je suis une prof réac et fière de l'être !

Ces profs qu'on assassine

L'Ecole dans les griffes du septième art

Le vrai visage de la téléréalité

Confessions d'une jeune prof