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Hélène, 42 ans : « En salle des profs, j'entends de plus en plus en plus d'enseignants se plaindre »


Je suis prof depuis 1993. J'ai gagné entre 6500 et 7000 francs les trois premiers mois, puis 8000 francs les neuf mois suivants. Je suis passée du 3ème au 4ème échelon deux ans après. Depuis 1993, je n'ai été inspectée que deux fois. Mais cela m'a permis de gagner neuf ans et six mois sur un enseignant qui aurait progressé à l'ancienneté. On peut donc se retrouver en salle des profs avec un collègue plus âgé mais dont le salaire piétine.

Aujourd'hui je suis à l'échelon 10 (sur 11). Je gagne 2517 euros net. J'ai le droit à 46 euros par mois pour mes trajets domicile-travail. Je dois effectuer deux heures supplémentaires par mois. En salle des profs, c'est très mal vu d'en demander. Mais j'entends de plus en plus d'enseignants se plaindre et s'inquiéter de ne pas pouvoir financer les études de leurs enfants.

Ce qui me choque, c'est la médiocrité des à-côtés. On paie nos crayons, nos cahiers, le papier et l'ordinateur qui servent à notre travail, et lorsqu'on a besoin de faire une photocopie, on vient nous réclamer 10 centimes.

Source : Liaisons sociales magazine / mars 2012

Béziers : la voiture d'une enseignante incendiée dans le hall de son immeuble

(Photo OLIVIER GOT)

Une enseignante qui tient à garder son anonymat par crainte de représailles vit depuis quelques jours la peur au ventre. Logée dans un immeuble de fonction à La Devèze, boulevard Yves-du-Manoir, sa voiture a été incendiée. Les auteurs des faits ont poussé le véhicule jusque dans l’entrée de l’immeuble et ils y ont mis le feu. Fort heureusement, la plaignante a eu le temps de prévenir les secours et de se réfugier dans un coin de son appartement bien à l’abri des flammes et de la fumée.
(...)
«J’ai l’impression de vivre sur un terrain de guerre. Je n’ai plus de vie sociale car plus personne n’ose me rendre visite. Ma fille a quitté l’appartement car elle se faisait sans cesse agresser dans la rue. Je l’avoue je pense souvent au suicide», se plaint encore l’enseignante qui vient de bénéficier de trois mois d’arrêt de travail tant elle est déstabilisée psychologiquement par ces événements.

Lire l'intégralité de l'article sur le Midi Libre

Professeurs contractuels : « Je suis une sous-prof », craque une mère célibataire


« J'adore mon métier. Je veux dire, je l'adore vraiment. Cela fait bientôt dix ans que je suis professeur contractuelle en Bretagne. J'ai fait tous les établissements, lycées et collèges de la région de Lorient et du pays de Quimperlé. Mais, aujourd'hui, je craque.

Actuellement, je suis dans le Finistère. Et demain ? Être professeur, c'est un sacerdoce. Quand on passe d'un collège à un autre, il faut à chaque fois s'intégrer dans une équipe d'enseignants titularisés qui se connaît bien, qui a ses codes. Une fois qu'on a fait cela, il faut ensuite s'adapter aux élèves et aux parents. Mais souvent, à leurs yeux, on n'est que le remplaçant de... Franchement, je me considère comme un sous-prof.
»

Lire la suite de ce témoignage sur Ouest-France.fr

Reportages TV : appel à témoignages

Deux journalistes m’ont contactée. Ils sont à la recherche de témoignages d’enseignants (voir ci-dessous). Si vous souhaitez être mis en relation avec l'un d'entre eux, n’hésitez pas à laisser un commentaire à la suite de cet article en précisant bien votre adresse mail (qui restera confidentielle).
 
1 - Professeurs victimes de cyberbullying (insultes sur le net de la part de leurs élèves)

Afin que le sujet soit le plus complet possible et que l’on comprenne la blessure que cela peut représenter, nous sommes à la recherche d’un professeur, insulté par ses élèves sur Facebook ou sur un blog (que l’affaire ait été ou non traduite en justice).

Nous pouvons garantir un anonymat total de la personne qui accepterait de témoigner : qu’on ne puisse pas la reconnaître à l’image, que l’établissement ou même la région dans laquelle se situe l’établissement ne soit pas cités.

Le reportage sera diffusé dans le cadre du journal de 20 h de TF1.

Axel Monnier
Rédaction de TF1
Service Société - Rubrique Education

2 - Projet documentaire de 120 minutes (2 heures) qui traitera, au travers de différents personnages et portraits, de ce qu'est le métier d'enseignant aujourd'hui.

L'écriture est purement documentaire et ne s'inscrit pas dans un ton d'information; nous serons dans des histoires humaines, des tranches de vie pour capter la réalité du terrain des enseignants.

Il s'agit de montrer que souvent les enseignants ont une vraie vocation mais qu'elle se heurte à de réelles barrières. La question que nous nous posons est "Prof à quel prix ? Prof à tout prix ? "

Quelques idées de profils que nous aimerions trouver pour ce film :
- Un vacataire / un TZR
- Une mutation loin de sa famille, difficile à vivre
- Un enseignant qui débute / un enseignant stagiaire
- Un (une) chef d'établissement
- Une nouvelle rentrée dans un établissement
- Un départ à la retraite obligatoire d'un prof qui voudrait continuer
- Un établissement difficile qui accepte de nous recevoir "en immersion"
- Un enseignant confronté à la violence dans son établissement

Nous ne tomberons pas dans le pathos, même si nous souhaitons soulever quelques problématiques et dysfonctionnements dans le système de l'éducation.

Nous resterons positifs avec des enseignants qui aiment leur métier et transmettent leur savoir en y croyant...

Florence d'ARTHUYS, réalisatrice
 

Une prof "abimée"cherche soutien et conseils

J'aimerais du soutien et des conseils ; j'ai travaillé 32 ans comme instit, prof collège et prof lycée ; j'ai donné toute mon energie, mon enthousiasme etc. mais peu à peu je me suis sentie fatiguée et la pression est devenue plus forte. Dans un lycée qui se veut pôle d'excellence, j'ai eu une grave dépression nerveuse et depuis, je n'ai plus la forme, j'ai des séquelles (maniaco depression). J'aimerais retravailler au Cned car je ne gagne pas assez pour payer des études à ma fille ; j'envoie des emails au service DRH du rectorat mais ils m'ont toujours refusé la possibilité de travailler au Cned. Je suis découragée ... (mari que j'adore et qui a le cancer) ; j'ai le moral qui flanche ; je suis reconnue RQTH. Que me conseillez-vous ?
Une prof de lettres "abimée"
Eve

Témoignage d’un professeur sur le Brevet d’Histoire 2010


Voici le témoignage édifiant d'un professeur sur l'épreuve d'Histoire-Géographie / Éducation civique du Brevet des collèges de juin 2010 :

Bienvenue dans le collège des années 2000, dans le monde du politiquement correct, du vivre ensemble, des Bisounours, des gentils et des méchants :

Sujet n°1 : La Première Guerre Mondiale, une guerre totale

Première photo : les soldats coloniaux posant devant un ballon d’observation. Le message est clair : il faudra absolument rappeler la contribution décisive des soldats sénégalais (et maghrébins pour la Seconde Guerre mondiale dont deux films nous apprennent le poids essentiel à la victoire finale) à l’effort de guerre. Les tanks, les Américains, c’est totalement secondaire; les Indigènes de la République ont à eux seuls sauvé la patrie en danger. Bien entendu, ce discours est surtout dirigé vers les têtes brunes et crépues de nos élèves, les autres étant prié d’en prendre de la graine. Ne pas oublier évidemment l’incontournable « chair à canon » que furent ces soldats coloniaux, envoyés en première ligne pour « effrayer » des Allemands qui n’avaient guère vu de soldats de couleur dans leur vie. Cette remarque n’est pas fausse en soi, mais les historiens de la période minimisent considérablement les chiffres avancés par les pseudos historiens auto proclamés de l’afro-centrisme. Enfants désespérément blancs de France, courbez la tête de honte devant le massacre sauvage de nos indigènes. Les Blancs? Les millions de morts, d’estropiés, de gazés ? Rien à battre, salauds d’impérialistes, c’est bien fait pour vous!

Sujet n° 2 : Les Inégalités de développement dans le monde

Carte mondiale de l’IDH (indice de développement humain mesurant richesse, espérance de vie et instruction) : Une Afrique isolée dans un monde qui s’enrichit. On est heureux d’apprendre tout de même que la Libye et l’Égypte se retrouve dans la même catégorie que les USA et que l’ensemble de l’Europe occidentale…
Ici, pas de place pour la nuance. Les méchants riches se gobergent au détriment des gentils pauvres. Rappelons que l’Afrique reçoit des milliards de dollars d’aide au développement qui disparaissent dans les comptes suisses des dictateurs africains. Faites le ménage chez vous, nous en reparlerons après. Non, ici c’est l’Afrique contre le reste du monde.
Quant à la Chine, géant économique, on est ravi de la voir égalée par l’Algérie. FLN über alles!
Ce sujet de géographie, notamment pour les documents 2 et 3 relève bien davantage du programme de Cinquième que de celui de Troisième (Brésil, pauvreté, favelas).

Last but not least, le sujet croquignolet d’éducation civique, matière de propagande officielle du politiquement correct. Le bourrage de crâne continue : on n’a pas quitté le précédent sujet d’histoire!

Document 1 : Un extrait de l’express relatant la condamnation d’une boulangère pour discrimination raciale à l’embauche (la malheureuse a du depuis déménager au moins sur la planète Mars)…
Dans le même sens, je propose immédiatement à un boucher halal soudanais de la Goutte d’or à Paris d’engager immédiatement une blonde serveuse, catholique pratiquante et court vêtue. Comment? Il n’en veut pas?? Mais qu’attendez-vous, appelez la Halde!

Document 2 : Justement la voici ! Avec le beau tampon de la république française, estampillé Marianne (trop blanche celle-là, il faudrait la colorer un peu, non?). Le nouveau sésame d’Ali Baba le bien nommé ? : « Discrimination ! Je saisis la Hade », et la porte complaisante de la justice cherrera. Tous les prétextes sont bons et tout est prétexte à discrimination et stigmatisation (le grand mot à la mode) : Le coca cola est noir? C’est de la discrimination, on stigmatise les immigrés!» la Halde, vite! Ce type s’est acheté une voiture blanche? Je me sens stigmatisé, j’exige qu’il la fasse repeindre immédiatement ! On notera que dans le terme stigmatisé, il y a une connotation de souffrance christique caractérisée qui place les « victimes » au quasi rang de martyrs, des Rosa Parks de supermarchés.

De la principale inégalité républicaine, celle de l’accès au vrai savoir, que l’école de bassesse a détruite, pas un mot. Au moins parle-t-on ici de l’inégalité de carrières entre l’homme et la femme, mais en deux mots à l’avant dernière ligne du document 2. C’est moins vendeur de nos jours..

Terminons par le Repérage :

les dates demandées sont relativement aisées sauf une : 1949 . Seule date dont il faut trouver l’événement. A quoi donc correspond elle? Comment? Vous ne savez pas ? Ignares que vous êtes! Vous voyez bien que la chronologies et les dates sont réservées aux élites méprisantes et arrogantes! La preuve, aucun élève n’aura probablement trouvé qu’il s’agit de la création de la République Populaire de Chine.
Quant au repérage géo, il termine l’épreuve en Apothéose. Une carte de l’Asie, un gros A pour l’Inde et un gros B pour la Chine. Question : Nommez le pays indiqué par la lettre A et le pays indiqué par lettre B. Gare à la migraine! Les capitales sont indiquées d’un point noir, mais l’auteur du sujet, inspiré par Saint Méirieu le Grand évite soigneusement de demander leur nom aux pauvres collégiens harassés par deux heures d’intense réflexion républicaine et bien pensante.

Grandiose, tout simplement.

Au final, un brevet qui adresse un message bien plus dirigé vers les associations que vers le prolétariat urbain, à la gloire du multiculturalisme et à l’éducation édifiante des masses lémuriennes.

Source : Doctissimo

Les enseignants vont mal, à qui la faute ?

Voici le témoignage d'une jeune enseignante qui dénonce certaines défaillances du système éducatif que j'ai rapportées dans mon dernier livre : l'hypocrisie, la lâcheté, voire l'incompétence de certaines instances hiérarchiques de l'Education qui préfèrent s'en prendre aux professeurs en les accusant de tous les maux, en les méprisant et en les abandonnant à leur sort plutôt que de prendre leurs responsablités.
Les questions que soulève ma consoeur sont cruciales et des réponses existent : elles sont d'ordre éminemment politique, exclusivement politique... Encore faut-il que nos dirigeants fassent preuve de lucidité et de courage car il n'y a plus de temps à perdre en réunionnites ou bla-bla inutile. On ne pourra pas dire qu'on ne les avait pas prévenus !!!


Cela ne fait que trois ans que je suis enseignante dans le secondaire, et je n'arrive déjà plus à sourire à toutes ces blagues sur les fonctionnaires, et j'en ai assez de l'image que la plupart des médias et des politiciens donnent du corps enseignant. Si l'on écoute ces derniers, les enseignants sont payés à ne rien faire, ont beaucoup trop de vacances, et ont de surcroit la sécurité de l'emploi. Pourtant, ils osent faire régulièrement grève ! Quelle honte...! Quand la vérité sur les conditions de travail des enseignants sera-t-elle rétablie ? Je ne peux aujourd'hui plus me retenir d'en parler.

Être admis aux concours de l'enseignement n'est pas chose facile, notamment à cause des suppressions de postes. Cependant être admis au concours est loin, très loin, d'être le début de « la belle vie ». Dès la première affectation, le parcours du combattant commence. (...)

La formation, elle, reste très théorique et peu de conseils réellement pratiques et applicables sont donnés. (...) On y apprend que si un cours ne se passe pas bien ou si des élèves ont de mauvais résultats, c'est tout simplement parce que nos méthodes ne sont pas bonnes et que nous n'avons aucune personnalité ni aucun charisme. (...) Les phrases du type « il n'y a qu'à », « il suffit de », etc., entendues lors de ces formations deviennent vite irritantes. Elles restent toutefois des formes de pression que l'on retrouve ensuite au sein des établissements, véhiculées par les Rectorats et les chefs d'établissement, en résumé par des personnes qui n'ont jamais enseigné, ou n'ont pas enseigné depuis longtemps.

A cela s'ajoute la réalité du terrain. Les classes deviennent de plus en plus difficiles à gérer, pour de nombreuses raisons sur lesquelles je ne m'attarderai pas dans cet article. (...)
N'étant que rarement appuyés par les chefs d'établissement, les enseignants perdent vite toute crédibilité devant les élèves et leur autorité n'est absolument pas respectée. J'ai eu l'occasion d'enseigner dans un établissement ZEP. Lorsque je suis allée voir le chef d'établissement pour aborder le cas d'un élève de 4ème extrêmement irrespectueux et perturbateur, et que j'ai osé - quelle folie, enfin ! - lui faire part de mon intention d'exclure cet élève de mon cours afin de permettre aux autres élèves de travailler, il a désapprouvé et a dit préférer une sanction plus « globale » (un jour... Dieu seul sait quand.).

(...) Jusqu'à quand les enseignants devront-ils se laisser insulter ? Jusqu'à quand devront-ils accepter de voir leur rôle d'enseignant transformé en celui de gardien de zoo, voire de prison ? Et tout aussi grave : jusqu'à quand les élèves désirant travailler et progresser devront-ils perdre leur temps dans des cours qui n'ont ni queue ni tête parce que leurs professeurs ont reçu l'ordre de ne pas exclure les élèves perturbateurs ? Quel est l'objectif de toute cette politique en fin de compte ? J'avoue avoir du mal à le saisir.

Les pressions subies par les enseignants ne se limitent pas au domaine de la discipline. L'Éducation nationale est devenue une véritable entreprise dans laquelle il faut à tout prix faire du chiffre et de la rentabilité. Comme conséquences, je citerais notamment la quasi-disparition du redoublement car trop de redoublements feraient baisser les statistiques ; et le fait que de nombreux TZR (Titulaires sur Zone de Remplacement) enseignent parfois dans trois établissements à la fois pour pallier les absences de professeurs, mais également et surtout les économies de personnels de plus en plus grandes. (...)

Les humiliations et le harcèlement moral sont en effet courants dans l'Éducation nationale, même si cela reste bien entendu un sujet tabou. Ainsi, même des enseignants pourtant reconnus pour leur efficacité sont humiliés devant tous leurs collègues et sont qualifiés de « personnes inutiles, qui feraient mieux de démissionner » par des inspecteurs académiques (fait vécu).

Séverine, Normandie.

La la totalité de l'article sur le site de Education magazine.

Une violence scolaire pas très politiquement correct

Sophie, enseignante dans un collège de banlieue classé en Réseau Ambition Réussite et situé au cœur d’une « cité », témoigne de ce qu’elle vit quotidiennement.

Elle ne parle pas de la fatigue du premier trimestre, ni du stress des élèves, ni du manque d’assistantes sociales, ni des classes surchargées. Dans son collège à elle, les élèves ne sont que vingt par classe ; et quant aux notes, ils s’en contrefichent.

L’établissement, dit-elle, « est fréquenté uniquement par les jeunes de la cité, tous issus de l’immigration extra-européenne. »

« Voilà quinze jours, un vendredi, le contrat d’une surveillante d’origine africaine arrivait normalement à expiration. Dès le début des cours, des textos ont commencé à circuler sur les portables des élèves (…), appelant à "mettre le boxon" pour protester contre le départ de cette surveillante (…).

« Lors de la sortie de cours qui précède la récréation, les élèves se sont emparés du collège, ont couru dans les couloirs, ont frappé une enseignante et en ont renversé d’autres. (…) Les professeurs ont été insultés, menacés, frappés et même blessés puisque plusieurs d’entre eux sont allés porter plainte au commissariat. Les élèves sont ensuite sortis et ont organisé une manifestation devant le collège en lançant des pierres. Les policiers n’ont pas pu intervenir, alors que le commissariat n’est pas très loin, et l’après-midi les cours ont dû être interrompus : le collège a été fermé. »

« Quand ils sont convoqués chez le principal, ils jurent sur le Coran »
C’est comme ça « pratiquement une semaine sur deux », affirme Sophie. L’an dernier, les élèves ayant décroché le drapeau de l’établissement avant de le traîner dans la cité et de le brûler, la direction avait appelé la police. « En passant devant le commissaire qui se tenait sur le parvis, les collégiens crachaient sur ses chaussures », raconte l’enseignante, qui ajoute que les élèves ont des armes, « en général des couteaux ».

« Est-il possible de faire cours ? » demande le journaliste de Monde et Vie. « Pratiquement pas », répond Sophie. Sur une classe de 20 élèves, 3 ou 4 seulement travaillent.

Source : Monde et Vie du 20 février

Xavier, instituteur dans le 9-3 : "On rackette pour un goûter"


"Dans mon école, on rackette pour un goûter, une trousse ou un stylo à plume. J'ai déjà retrouvé un poing américain dans un cartable, un pistolet à plombs dans un pupitre. Nous avons des enfants qui font l'objet de 25 ou 30 fiches de signalement pour violences. Un jour, c'est un élève qui tente d'étrangler son voisin, une autre fois un enfant qui balance son ardoise sur l'institutrice ou lui crache dessus. Il est souvent arrivé, après une bagarre dans la cour, que l'on doive appeler les pompiers en urgence.
Lire la suite du témoignage sur lepoint.fr

Zéro interdit

Juin 2002 , je suis convoqué par le proviseur adjoint à son bureau… ?

-Ah te voilà ? Viens voir !

Je constate qu’il a dans les mains la copie d’un de mes élèves à laquelle je viens de flanquer un beau zéro pour pompage sur son voisin. En effet, je donne un sujet différent à l’élève de droite de celui de gauche. Il s’agit simplement de changer les données car le sujet est le même.Un élève astucieux pourrait remplacer les données de son voisin par les siennes et terminer le calcul ; mais lui non. Il n’a pas cette présence d’esprit. Je fais un plan de la classe rapide afin de m’assurer qu’il n’y a pas d’échange de sujet derrière mon dos, parce que j’ai déjà repéré ce genre de démarche des tricheurs !

Pas de problème ! Il a bien recopié sur son voisin qui est brillant et j’ai barré sa copie en marquant : « c’était l’autre sujet », zéro point final .
Je trouve cela un peu fort : quel culot quand même ! Aller se plaindre au bureau !
Mais le proviseur adjoint, ancien professeur de français, n’a pas l’air d’approuver ma démarche : il nous a pondu trois mois avant un texte du ministère disant que le zéro est interdit : l’élève n’est jamais nul !!
Je m’en tamponne le coquillard de son texte, c’est vrai. Il me le montre sous le nez. Je le connais mais…..

Il n’a pas l’air d’apprécier le double sujet. Il est vrai qu’en français c’est difficilement possible. Je lui réplique que c’est un truc d’école normale .
Il me montre un passage de la copie : « tu aurais pu quand même lui corriger ça » me dit-il.
« Mais il y a fraude ! » m’écriais-je , « ça coûte cher à l’examen, il faut le leur apprendre : exclusion sur plusieurs années ».
« Non, me dit-il. On fait cesser la fraude et on en discute après au jury. »
Je pense donc que voilà un excellent moyen d’augmenter les résultats, les années de grève !

Mais ce n’est pas fini : il y a un autre zéro et là, que faire d’autre ? Cet élève ne fait pas grand-chose et m’a rendu copie blanche (bien blanche) : faut-il payer le papier en cas du nullité ?

On continue : quand je vois un relâchement dans la recherche des exercices, je prends mon cahier de notes et les élèves savent tout de suite qu’un zéro va dégringoler ; ce qui et replonge les bavards dans un semblant de travail pour éviter de voir leur moyenne baisser !

Ce que je ne savais pas, c’est que le proviseur-adjoint en fin de trimestre, après avoir récupéré les disquettes sur lesquelles sont inscrites les notes et les moyennes, se livre à un examen des notes en général.

C’est bien pratique l’ordinateur ! Depuis trois ou quatre ans, on inscrit les notes sur le clavier et la bête fait le travail de la moyenne, et là il reste des traces ! Quelques zéros traînent sur une colonne : ce n’est pas normal !

Je me fais engueuler bien sûr et lui explique ce travail. Il a déjà préparé un rapport à l’inspecteur, mais j’interviens car ce n’est pas exact ce qu’il écrit. Aussi me dit-il : « je le mets de côté, attention ! »

Il s’en va à la retraite et je sors en regrettant l’argent que j’ai versé pour lui !

"Les élèves contestent tout"

Marie est professeur au collège de Fenouillet, près de Toulouse, où, le 15 mai, un élève de 5e a blessé son professeur de maths d'un coup de couteau au thorax parce qu'elle l'avait puni pour un devoir non fait.
Lire la suite ici

La méthode dite "rapprochée"

Madame,

Je viens de lire votre livre, Ces profs qu'on assassine. Il est formidable

Je suis retraité de l'Éducation nationale, ancien prof de math et sciences en lycée professionnel, entré par vocation dans l'enseignement et sorti écœuré de cet enfer !
Je n'ai pas eu à subir les cas extrêmes que vous citez mais je me reconnais dans certaines situations que bien naïvement, je ne pensais pas qu'elles puissent se produire.

Je commencerai par une histoire sans doute peu banale :

Pâques 1974. Je dis à mes collègues que je me fiance, que je vais connaître mes futurs beaux-parents à X... où mon beau-père travaille à l'ambassade de France.
Aux vacances qui s'annoncent, on bavarde puis, peu de temps après, un collègue me demande quel est le nom de famille de ma future. Je trouve le collègue un peu curieux mais le lui révèle, puis, quelques temps après, il me demande le prénom de mon père : curieux en effet !
Mais je suis loin de soupçonner ce qui va m'arriver.
Le directeur envoie une lettre à l'ambassade de X... demande une enquête de moralité sur la famille de ma future femme, signée du prénom Roger de mon père. La lettre revient (élogieuse paraît-il, mon beau-père la lira) et une dame me dit un jour au lycée :
« vous vous appelez Dominique, pas Roger
- Oui bien sûr répondis-je » .Elle a quelques lettres dans sa main. Aussi, elle ne me tend pas la lettre et je ne vois donc pas l'origine de celle-ci, ce qui aurait pu m'intriguer.
Je cherche rapidement qui au lycée s'appelle Roger … puis l'année scolaire est presque finie et je laisse tomber la recherche.
Mon beau-père ne révèlera l'histoire que 10 ans après ! Je fais mon enquête alors ( famille , entourage , puis lycée). Le collègue en question s'est suicidé deux ans auparavant. J’en suis donc réduit à voir des anciens et l'un d'eux me dit :
« c'est sûrement l'ancien directeur ; il cherchait à fouiller dans la vie sexuelle des profs pour mieux les dominer ». Il ne me restait plus qu'à recomposer le puzzle pour comprendre l'affaire. Cela n'a pas eu de conséquences, mais quand même ..!!

La deuxième affaire concerne les relations profs élèves de sexe opposé.
Je n'étais pas un grand séducteur et jeune stagiaire de 24 ans en 1971, je suis affecté dans la Somme avec pour moitié des classes de filles . L'une d'elle a le coup de foudre pour moi. Une de ses copines le devine et l'incite à m'écrire.
Fin février, deux filles m'abordent : une grande frisée et une petite grosse me tendent un billet plié en quatre et tournent les talons. Je lis : une lettre d'amour ! ..anomyme.. ! Je n'en avais jamais reçue de ma vie ! Je crois à une blague de mauvais goût et les interpelle par la fenêtre ! Je cherche avec un collègue dans les interros à reconnaître l'écriture mais sans résultat. Alors le surlendemain, la petite grosse me donne une lettre et m'avoue son amour.. Je m'entretiens avec elle et lui signifie que je suis professeur et elle, élève, et que, ce genre de relation est impossible… que ce genre d'amour est à sens unique ! Elle en a presque les larmes aux yeux et est bien déçue.
J'en parle aux collègues. Il y en a un qui me dit tout net : « c'est dommage, elle n'est pas très jolie. Tu aurais pu te la faire... ! ! » Jamais l'idée ne me viendra d'ailleurs d'effectuer un quelconque essai.. !
L'affaire Gabrielle Russier avait défrayé la chronique trois ans auparavant et donna lieu au très beau film d'André Cayatte, Mourir d'aimer avec Annie Girardot. J'en parlai donc au directeur qui approuva mon attitude : « oui vous avez bien fait. Ah! c'est bête les filles à cet âge là ! » me dit-il.
Je pensai en avoir fini . Mais non ! Elle me supplie de l'écouter dans une troisième lettre et de la comprendre, que son amour pour moi est profond. Puis cela semble se calmer et le directeur fin juin me demande: « et vos fan's ?
- C'est fini lui dis-je, je n'en entends plus parler ».
Deux jours plus tard, je recevrai deux lettres plus une que je retrouverai deux ans plus tard dans mes affaires. Dans le mois de juillet, c'est une carte postale (..qui arrive chez moi.. !) puis une dans l'année scolaire suivante , une autre supplique où elle me demande d'écrire chez une copine ( hélas pas n'importe laquelle non plus ),copine qui espérait bien se régaler d'une histoire d'amour pas trop banale, copine aussi que j'avais remarquée comme étant probablement au courant ! J'écrivis au directeur qui mit fin à l'histoire.

Quelques années après, une fille passe au tableau , et à la fin de l'exercice me dit :
« ça va monsieur ?
- oui, c’est bien » lui répondis-je.
- un petit bisou monsieur ? » ... !
Je suis stupéfait et répond par une pitrerie où je provoque un éclat de rire général que j'attendais .

Une troisième histoire m'amène à parler de la méthode dite « rapprochée »,comme disait un directeur de l'époque ! Je n'étais pas le seul à l'employer, les punitions n'étant jamais rendues ou presque, certains élèves étaient là pour les allocations et vous le faisaient savoir. (Le métier n'est pas toujours choisi par les élèves qui quittent souvent le CET à l'âge de seize ans).Comment faire taire ceux-là ?
« Il n'y a que ça qui marche me dit un jour un collègue en montrant sa main prête à s'abattre sur la joue d'un délinquant » .
« Je fais quatre vingt dix kilos me dit un autre ».
« Je les mets au piquet » me dit cet autre (à l'âge de seize ans.. !),et s'il ne veulent pas y aller, je les prends par le col ..»
Je me suis mis aussi à la méthode rapprochée en obtenant quelques résultats cependant.
Puis un jour, ce n'est pas la joue mais le nez qui va prendre, déclenchant une hémorragie nasale ! On suit l'élève à la trace jusqu'à l'infirmerie ! Je ne suis pas très fier mais je me dis que je vais avoir des ennuis et vais enfin pouvoir crier ma révolte .Ce n'est pas normal cette situation ! J'échappe de justesse à la plainte. Le père de l'élève voulait le faire mais quelqu'un l'en dissuade .Nous sommes en 1978 et ce n'est pas encore dans les faits, et ce qui se passe maintenant me révolte à chaque fois que j'entends des plaintes pour des broutilles !
Je reçois la mère en présence du directeur qui lui dit qu'avec quatre enfants, il ne peut pas dire ne pas avoir tapé dessus parfois, que le problème est multiplié par trente ici...
La fin de l'année approche et, en présence de l'inspecteur, on discute des faits et on me conseille de partir au lycée d'à côté (entre temps le CET est devenu lycée) en écrivant que je me rapproche de chez moi (ce qui est vrai), que je serai mieux dans un lycée plus calme avec des filles (on vous fait comprendre qu'on vous protège !)
Je perds deux points en note administrative que je regagnerai vite. Je reprends du goût à l'enseignement dans ce nouvel établissement puis en fin d'année, je passe au sixième échelon au petit choix alors que j'étais à l'ancienneté : vous avez dit sanction ??? Il n'y aura pas d'expression de ma révolte mais bon. !!

Trois ans plus tard, pour une affaire nettement moins grave (une petite tape dans le dos pour faire se retourner l'élève), je reprends le chemin de l'ancien lycée.
C'est avec des hauts et des bas que je termine ma carrière et voici qu'en septembre 2006, un élève que j'avais surpris à casser un petit crayon en morceaux destinés à être projetés sur des camarades me fait la guerre. Il répète à sa mère que le cours est incompréhensible, mère qui se plaint au proviseur.
J'ai encore deux autres classes difficiles. Aussi, je n'hésite plus en fin de carrière à faire des rapports. On m'inspecte alors... ! En fin de carrière.. !
L'inspection se passe normalement. Puis le proviseur me demande début décembre de changer,…faire autre chose. Lors d'un conseil de classe de premier trimestre, on demande aux élèves si ça va.
« oui, répond la déléguée, sauf en math avec monsieur … »
Je ne suis pas en forme, ni physique, ni morale et me mets en congé de maladie dès le lendemain. Jusqu'au bout…. Il me reste six mois avant la retraite. Je vois au mois de janvier suivant le rapport d'inspection qui s'accorde avec bien sûr celui du proviseur et on me fait savoir que j'aurais peut-être besoin de conseils pédagogiques.... ! ! ! ! !

Ainsi finit ma carrière dans l'enseignement ! ! Quel bonheur d'être à la retraite !
J'ai quantité d'anecdotes à raconter sur les retards, les voyages, les bêtises, les odeurs, les projectiles, les expériences, les dégradations, les insultes, les excuses, la triche ... ! les examens de CAP BEP (dont deux fois à la prison, quelle expérience !) , les jurys plus ou moins truqués , les réunions parents-professeurs, les amours entre élèves, les bagarres, les grèves, la neige…

Les problèmes sont graves et la violence à l'école augmente, vous le soulignez fort bien. On a voulu trop étouffer ces affaires (il n'y a ni violence , ni drogue dans l'établissement ! c'est bien connu). On cherche à se vendre ... attirer les élèves dans l'établissement, veiller à ce qu'ils.....soient bien. Garder le maximum d'élèves car les évasions ne sont pas rares ! J'en aurais une fois à subir les conséquences.

J'espère ne pas vous avoir ennuyée avec mes histoires , et vous félicite encore pour votre livre.
A la prochaine lecture donc !

Dominique

Une lettre d'encouragement

Madame,


Lorsque vous avez été interviewée sur Télé Matin je me suis dit qu'il me fallait votre livre de suite ! Ainsi fut fait, je me suis offert l'unique exemplaire disponible dans une librairie du centre de la ville où je vis à présent. Je prends aujourd'hui l'initiative de vous écrire car depuis que j'ai ouvert votre livre je sens que c'est une chose que je dois faire absolument, pardonnez ma spontanéité qui n'a de justification que ma sincérité de lectrice concernée.

BRAVO pour cet ouvrage tout simplement ! Je l'ai dévoré avec un appétit féroce (!) et contrairement à ce que certains "détracteurs" ont pu dire ils se trompent car, ainsi que vous l'avez si bien dépeint, la réalité dépasse hélas tout ce qu'on pourrait imaginer dans l'EN...J'en ai fait les frais tout récemment. Votre livre a été pour moi une sorte de thérapie car j'ai vraiment cru que le mammouth s'en prenait à moi pour m'atteindre, me faire mettre genou à terre...Je vois que malheureusement même des profs en fin de carrière ont à subir des mauvais traitements qui peuvent les pousser aux pires extrêmes. Grâce au fait que j'avais eu une vie avant tout ça et que ma famille est ma force vitale, j'ai préféré la démission à la longue maladie, chemin sur lequel je commençais à m'aventurer et que les "autorités compétentes" me conseillaient même (on marche sur la tête ou quoi ??).

Si vous êtes intéressée je pourrais par la suite vous conter mon histoire...
Celle d'une femme de 40 ans très motivée pour enseigner, pour devenir précisément Professeur des écoles, qui a tourné la page après 20 ans de parcours professionnel dans l'industrie et le commerce, qui a repris ses études, passé ce "concours" (jeu de dupes plutôt !) et a eu l'infortune de se retrouver "trop bien classée" en liste complémentaire...La fin de l'histoire c'est que j'ai démissionné après à peine 6 mois et que je suis en quelque sorte revenue à la case départ mais avec une belle licence en plus et beaucoup d'amertume envers un système qui gaspille tant les élèves que les enseignants
Comme vous l'avez dit, il n'y a pas de gestion des ressources humaines là-dedans !
Précision utile : bien qu'ayant été affectée dans un coin charmant en ZEP, ce ne sont pas du tout ni l'ambiance de la classe ni les élèves plutôt "dynamiques" qui m'ont poussée à la démission mais bel et bien la manière dont mon administration de tutelle m'a traitée. Je suis allée jusqu'à "son éminence" le Ministre pour qui j'avais avant tout cela une certaine considération au-delà des formules chères à l'administration française (mais dont on ne pense pas un mot parfois !...) car je pensais naïvement qu' il était homme à faire bouger les choses de manière positive...Illusion sans doute...Et l'épilogue, car il y en a un, c'est que je suis toujours dans les "soucis" avec nos amis du rectorat dont je dépendais...Aujourd'hui je prends enfin la décision de ranger tout ça aux oubliettes car après des mois à ruminer, il me faut passer à autre chose. On reste longtemps malade de l'Education nationale même sans être allé à la Verrière.
Pour les détails, si vous le souhaitez vous pouvez me contacter, en ce qui me concerne ce serait un plaisir de dialoguer avec vous et pourquoi pas de vous donner mon histoire pour un éventuel autre projet...

Bien cordialement,

Une enseignante

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